Axes de recherche et d’intervention: Les notions «d’architecture éthique» et «d’éducation des sentiments moraux»

L’éthique en organisation est un sujet parfois difficile à aborder. Pour certains cela semble trop «philosophique», pas assez connecté aux réalités concrètes des affaires, inutile pour décider. Pour d’autres, ce qui est éthique ou non leur semble tellement évident qu’un consensus sur des valeurs leur apparait relativement facile à réaliser, si on y travaille. Pour d’autres encore, l’éthique se résume à punir les personnes qui ont enfreint des règles de droit ou des principes considérés comme immuables.

A la Chaire, nous utilisons la métaphore de l’architecture pour signifier l’importance souvent méconnue des conséquences en entreprise des conceptions et des automatismes dans le domaine de l’éthique. Chaque style d’architecture a engendré à travers les époques des structures différentes, comme des habitations, réparties dans une région. Et l’on peut «bien» vivre dans une Victorienne, une maison écologique ou un loft urbain. Mais chacune de ces architecture répond à des besoins différents et engendre une façon différente de vivre : Si dans certaines on peut facilement inviter une trentaine de personnes à manger pour les fêtes, dans d’autres ceci s’avère difficile. Aussi, si une maison avec un jardin offre une connexion plus directe avec la nature, la vie en appartement est plus limitée sur cet aspect.

Il est en de même pour l’éthique. A travers les âges, les civilisations humaines ont élaboré différentes architectures de pensés et d’émotions, elles-mêmes influencées par des pulsions instinctives. Ces différentes «architectures éthiques», qui s’articulent par des théories et des pratiques différentes, cohabitent dans nos organisations. Elles se côtoient aussi dans les échanges avec les partenaires d’affaire. Et dans notre monde complexe et globalisé, de très nombreuses théories éthiques et de très nombreuses pratiques éthiques se combinent ou s’opposent.

C’est Adam Smith, avec son ami David Hume, qui proposa la première théorie sociale et culturelle de l’évolution humaine. Smith utilisa aussi l’expression la «main invisible de l’évolution» pour suggérer que si ces architectures de sentiments moraux ne sont souvent que partiellement visibles, elles demeurent cependant fort structurantes. Des découvertes scientifiques récentes en neurophysiologie et en éthologie, notamment sur l’empathie sociale, lui ont donné raison.

Malheureusement, le nom d’Adam Smith a été associé dans certains milieux à la notion de la «main invisible du marché», comme un appel au capitalisme casino que nous connaissons aujourd’hui. Très différemment, Adam Smith et David Hume désiraient mieux éduquer les sentiments moraux des personnes à l’aube de la révolution industrielle qui émergeait sous leurs yeux, en Écosse et en Angleterre. Ils voulaient encourager l’évolution positive de la richesse économique, morale et écologique des nations. Et ils concevaient que la qualité de cette évolution est en partie dépendante des sentiments moraux des personnes, exprimés individuellement et collectivement, dans des groupes, des organisations ou des sociétés.

L’outil développé par la Chaire permet de rendre plus visibles ces sentiments moraux et de pouvoir, potentiellement, mieux les affiner. Cette éducation des sentiments moraux mène au développement de conceptions et de pratiques différentes, tant à l’interne qu’à l’externe des entreprises. Cette éducation requiert aussi l’utilisation de pédagogies variées, comme des approches objectives (grilles d’analyse, mesures,  statistiques…) et des approches subjectives (dialogue, littérature, ateliers artistiques…). Toutes les activités de la Chaire (recherche, publication, formation, consultation…) assistent les personnes à mieux réaliser l’influence des sentiments moraux pour elles-mêmes et pour les autres, dans le but d’affiner leurs conceptions et leurs pratiques éthiques.